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Concours des grandes écoles : comment ça marche

Louis Vanhove8 min de lecture
Étudiants post-bac composant une épreuve écrite sur des tables individuelles, le format des concours des grandes écoles

En France, on ne s'inscrit pas dans une grande école. On s'y classe. C'est la différence que tout le reste du système découle, et celle qui surprend le plus les familles qui découvrent la filière au moment de remplir Parcoursup.

Réponse rapide : Les grandes écoles recrutent par concours, c'est-à-dire par classement pour un nombre de places fixé à l'avance, et non par une note de passage. La voie classique passe par deux ans de CPGE après le bac, avec des écrits au printemps puis des oraux en été. Les admissions parallèles après une licence ou un BUT constituent aujourd'hui une vraie alternative.

Qu'est-ce qu'une grande école ?

Les grandes écoles existent à côté de l'université, et au-dessus d'elle en termes de sélectivité. Les plus connues :

  • Ingénieurs : l'École polytechnique (l'X), CentraleSupélec, Mines Paris, les Ponts
  • Commerce : HEC Paris, l'ESSEC, l'ESCP
  • Recherche et enseignement : les Écoles normales supérieures (Ulm, Lyon, Paris-Saclay)
  • Sciences politiques et administration : Sciences Po et, historiquement, l'ENA (devenue l'INSP)

Elles sont petites, très sélectives, et fournissent une part considérable des dirigeants, ingénieurs et hauts fonctionnaires du pays. L'université accueille tout bachelier ; la grande école recrute par compétition.

Qu'est-ce qu'un concours ?

Le concours est le cœur du système, et il ne fonctionne comme presque aucune autre épreuve du parcours scolaire français, y compris le bac :

  1. C'est un classement, pas une moyenne à atteindre. Le nombre de places est fixé. Les candidats sont classés, et les places se remplissent par le haut. Être bon ne suffit pas, il faut être meilleur que les autres.
  2. Les écrits viennent d'abord, plusieurs heures par épreuve, en mathématiques, physique, français, langues et matières de spécialité.
  3. Les oraux suivent pour les admissibles, où un examinateur suit votre raisonnement en direct au tableau.
  4. Le rang final décide de l'école. Les candidats classent leurs vœux, et une procédure d'affectation croise les rangs et les places.

Comment se préparer aux concours des grandes écoles ?

La voie classique, ce sont les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), la prépa : deux années après le bac consacrées aux concours. Trois filières :

  • Scientifique (MPSI/PCSI/PTSI en première année, puis MP/PC/PSI/PT) : écoles d'ingénieurs et ENS scientifiques
  • Économique et commerciale (ECG/ECT) : écoles de commerce
  • Littéraire (hypokhâgne, khâgne) : ENS et filières humanités

La prépa repose sur les cours, les devoirs surveillés hebdomadaires et les colles, ces interrogations orales où l'on traite un problème au tableau sous les questions d'un examinateur. Si vous n'en avez jamais passé, notre guide pour préparer un examen oral détaille le format.

L'entrée en prépa ne passe par aucun examen : la sélection se fait sur les bulletins et les appréciations, via Parcoursup. Ce sont donc les années de lycée, et les spécialités choisies, qui constituent le vrai premier tour. Les élèves qui arrivent avec des bases fragiles en maths ou en physique décrochent dès les premières semaines.

Un point tiré de ma propre expérience de professeur particulier, avant que vous ne cherchiez de l'aide à ce niveau. Un élève est venu me voir pour des identités trigonométriques, et en m'asseyant devant les exercices, je me suis aperçu que je ne savais plus les faire correctement moi-même : je n'y avais pas touché depuis cinq ans. Ma préparation pour ce cours restait en surface, alors je l'ai remboursé au lieu de prendre l'heure. Au niveau concours, cet écart compte plus que partout ailleurs, parce que les épreuves sont écrites pour départager des candidats déjà bons. Vous ne cherchez pas un professeur qui est bon en maths en général. Vous cherchez quelqu'un qui saurait encore composer.

Quelles sont les principales banques d'épreuves scientifiques ?

Un candidat ne passe pas une épreuve par école. Les écoles se regroupent en banques d'épreuves communes, si bien qu'un même jeu d'écrits ouvre plusieurs portes :

Banque Écoles principales Profil
X-ENS École polytechnique, les ENS Les épreuves les plus sélectives
Mines-Ponts Mines Paris, les Ponts, Télécom Paris Haut du tableau
Centrale-Supélec CentraleSupélec et écoles partenaires Haut du tableau
CCINP Un large ensemble d'écoles publiques Le filet le plus large

Un candidat solide s'inscrit à plusieurs banques, enchaîne les écrits au printemps, puis circule entre les oraux pendant l'été. L'inscription passe par le portail SCEI en hiver : la session 2026 a ouvert en décembre 2025 et fermé en janvier 2026, avec des écrits d'avril à mai et des résultats pendant l'été. La session 2027 suit le même calendrier, avec une ouverture en décembre 2026.

Si le rang obtenu ne suffit pas pour l'école visée, redoubler la deuxième année de prépa est courant et porte un nom : cuber, ou être un 5/2. Ces candidats repassent les concours avec une année de programme déjà derrière eux.

Quelles sont les principales banques en filière commerciale ?

La filière économique et commerciale fonctionne avec deux banques. La BCE (Banque commune d'épreuves) couvre une vingtaine d'écoles dont HEC, l'ESSEC et l'ESCP ; Ecricome en couvre plusieurs autres. Les épreuves portent sur les mathématiques, la culture générale et deux langues, suivies d'oraux propres à chaque école. Là encore le classement décide de tout : entre HEC et une école de milieu de tableau, l'écart se joue parfois sur quelques points cumulés sur dix épreuves.

Peut-on intégrer une grande école sans prépa ?

Oui, et cette voie progresse chaque année. Les admissions parallèles (ou AST en école de commerce) permettent aux étudiants passés par l'université, généralement après une licence ou un BUT, de candidater sur épreuves écrites et entretiens. Beaucoup d'écoles d'ingénieurs recrutent aussi en post-bac sur leur propre sélection (INSA, réseau UT et autres), directement depuis la terminale via Parcoursup.

La prépa reste la route la plus fréquentée vers les écoles les plus sélectives, mais un bon dossier universitaire rivalise désormais sérieusement avec elle.

Combien coûte vraiment la préparation aux concours ?

C'est la question la moins posée et la plus utile, alors voici les chiffres.

La prépa elle-même est gratuite, dès lors qu'elle se fait dans un lycée public. Il n'y a pas de frais de scolarité. Les étudiants inscrits en parallèle à l'université s'acquittent de la CVEC, 105 € pour 2026-2027, dont les boursiers sont exonérés.

Le budget qui surprend les familles, ce sont les frais d'inscription aux concours, facturés par banque. Pour la session 2026 :

Banque d'épreuves Tarif normal Boursier ou pupille de la Nation
École polytechnique 220 € 0 €
Mines-Ponts 360 € 0 €
Centrale-Supélec 140 € par école 0 €
CCINP avec e3a-Polytech 240 € 0 €
Banque PT 220 € 0 €
Les épreuves des ENS 0 € 0 €

Un candidat MP qui présente Polytechnique, Mines-Ponts, Centrale-Supélec et le CCINP paie donc environ 960 € avant même de se déplacer. Viennent ensuite les oraux, répartis dans toute la France sur plusieurs semaines d'été, et les trains et les nuits d'hôtel sont à la charge de la famille. Pour un boursier, ce même jeu d'inscriptions coûte zéro, et je dirais que c'est l'information la plus sous-utilisée de tout le système.

La voie coûteuse, c'est la voie privée. Les prépas privées et les organismes de stages intensifs facturent plusieurs milliers d'euros à l'année, et une seule semaine de stage se compte en centaines d'euros. Ils font bien leur travail, et ils restent hors de portée pour la plupart des familles.

Je préfère qu'on sache aussi que la version économique fonctionne. Des cours particuliers à l'heure sur le seul chapitre qui bloque tournent autour de 25 € de l'heure tout compris en maths ou en physique chez nous, et toute la structure tarifaire tient en deux lignes : le tarif du professeur, dont il garde 85 %, plus 5 € de l'heure côté élève. Bien sûr, plus il y a de préparation, mieux c'est, mais ce n'est pas possible pour toutes les familles. Quatre heures sur les techniques d'intégration avant une colle, ce n'est pas une version au rabais d'un programme privé complet. C'est autre chose. Pour beaucoup d'élèves, c'est précisément ce qui manquait.

À retenir

  • Les grandes écoles recrutent par classement (concours), pas par inscription.
  • La préparation classique, c'est deux ans de prépa, obtenue sur dossier via Parcoursup : le lycée est donc déjà le premier tour.
  • Les concours scientifiques se regroupent en banques (X-ENS, Mines-Ponts, Centrale-Supélec, CCINP) ; le commerce utilise la BCE et Ecricome.
  • Les oraux structurent toute la filière, des colles hebdomadaires aux épreuves finales.
  • Les admissions parallèles après une licence ou un BUT sont une vraie alternative.
  • La prépa publique est gratuite. Le vrai coût, ce sont les inscriptions : environ 960 € pour quatre banques en 2026, et 0 € pour les boursiers.

Vous entrez en prépa ? Le geste utile maintenant, c'est de nommer le chapitre précis qui coince, pas la matière. Trouvez un professeur en maths, physique ou langues au niveau concours, et lisez notre guide du rattrapage du bac si l'année de terminale n'est pas encore derrière vous. Et si vous êtes boursier, vérifiez votre exonération avant de payer le moindre frais d'inscription.